Comment résoudre aisément et sereinement le différend Turco-Kurde?


Au centre des préoccupations des communautés issues de Turquie, ce différend fait régulièrement échos dans les nouvelles et alimente des débats qui nécessiteraient des éclaircissements que nous allons tenter d’apporter dans cet article.

Dans le précédent article où nous tentions de démeler le différend Turco-Arménien, nous avions déjà fait allusion au fait que le monde politique n’était que rarement guidé par les bonnes intentions et que la mobilisation à large échelle serait plus enrichissante et garante de succès.
Le nationalisme étant également à la source de ce différend il serait utile de comprendre quelles conceptions nous y mènent et comment les amender.

Mais revenons à l’histoire si riche des deux nations Turques et Kurdes.


Une histoire riche et millénaire

La majorité s’accorde à en marquer le début à la Bataille de Manzıkert au XIe siècle où le Sultanat Seldjoukide et l’Émirat Kurde des Marwanides s’allièrent contre l’Empire Byzantin et en sortirent vainqueurs. Des différends apparirent néanmoins pour des raisons de centralisations. 

Représentation de la victoire des Turcs Seldjoukides à Manzikert en 1071

Le XVIe siècle marqua un tournant ambivalent pour les relations Turco-Kurdes. En effet, c’est à cette période que démarra le grand schisme Musulman entre Sunnites et Chiites parmi les dirigeants Turcs. La majorité des Kurdes Kurmandj ont rejoint l’Empire Ottoman contre l’Empire Safavide, ceux qui y restèrent n’y ont malheureusement pas eu la vie facile et cela perdure toujours. Ce schisme affecta également les communautés Soufies majoritairement Bektashis composées de Turcs, Kurdes Zazas et parfois Kurdes Kurmandj, Arabes et Arméniens. Ceux-ci allaient devenir les Kızılbaş (Chiites) dont je suis issu et appelés Alévis de nos Jours. Restés dans l’Anatolie les relations inter-communautaires allaient en être fortement impactés, cela en est toujours le cas. Pour ce qui est des communautés Sunnites, elles allaient être fortement dynamisés les Kurdes Kurmandj majoritairement Sunnites allaient acquérir des postes de premier rang, tel que Grand Vizir (Sadrazam) et dirigeants du culte (Cheikh-ul-Islam). L’Orient Anatolien,qui à ce moment là était une mosaïque allait devenir dominé par l’élément Kurde et une assimilation progressive, parfois aggressive pris place.

Représenation d’Idris-i-Bitlisi, Émir Kurde Sunnite allié des Ottomans sous Sélim 1er

Au XIXe siècle, des dénouements importants prirent lieu.  Avec le Tanzimat (redispositions de l’Empire Ottoman), des conflits souvent alimentés par l’Empire Britannique comme celle de Mir Muhammed apparurent pour contrer la centralisation. Une province autonome du Kurdistan a vu le jour et perdura 21 ans mais fut dissout par opposition des Émirs locaux avec la centralisation.

En bleu l’Eyalet du Kurdistan (1846-1867)

À ce moment, les officiers Ottomans commençaient à se former  en Europe ou dans des établissements tenus par des enseignants Européens, ce qui influença le nationalisme naissant chez les différentes communautés Ottomanes. Lors de la Grande Guerre, les Kurdes vécurent de difficiles moments sous le CUP (comité union et progrès), constitué majoritairement de francs-maçons et sabbatéens. Des déplacements et travaux forcés furent imposés, ce qui couta de nombreuses vies. Lors de la guerre d’indépendance  entre 1919 et 1922, les Kurdes s’alliérent avec les Turcs pour récupérer les territoires perdus au profit des Arméniens. Après la proclamation de la République, la révolte conservatrice du Cheikh Said qui fut à l’origine de la perte de territoire d’Alep à Mossoul entraîna le courroux d’Ankara qui décida de bannir l’identité et les associations Kurdes, la langue et le folklore furent néanmoins tolérés.

Régiments Kurdes alliés aux Ottomans durant la bataille des Dardanelles

La plus grande Tragédie fut le coup d’état fasciste de K. Evren en 1980 qui interdit les langues Kurdes et accéléra l’assilimilation.
Ce qui fit le lit de l’organisation Marxiste-Maoïste PKK qui gagna de l’influence. Ils lancèrent une guérilla sans scrupules, la contre-attaque de l’appareil militaire Turc de l’époque ne fut pas plus éthique, le JITEM, organisme paramilitaire fut responsable de plusieurs disparitions et exécutions extra judiciaires. La prostitutionet la drogue ont été introduits chez la communauté Kurde à ce moment.

La décennie 90 et les années marquèrent un réchauffement dans les relations Turco-Kurdes, les langues Kurdes, les associations et les publications furent de nouveau autorisées. La chaîne TRT Kurdî fut inauguré en 2009 en Turquie, l’AKP a fourni un toit commun aux communautés Sunnites et un rapprochement entre le KRG (Gouvernement Régional Autonome Kurde d’Iraq) et Ankara a été réalisé.

Logo de la chaîne TRT Kurdî


Néanmoins à partir de 2015, les conflits ressurgirent à cause de tensions suite à divers attentats terroristes, l’AKP sous RTE (Recep Tayyip Erdoğan) prit une ligne ultra-nationaliste en s’alliant avec le MHP contre les factions rebelles Kurdes du Sud-Est Anatolien. Même si dans les villes l’intégration et l’entente est bien réussie et que le PKK n’a pas conquis toutes les âmes, cela a tout de même eu des répercussions car le conflit fut de haute intensité.

Pistes pour solutionner le problème 

Au vu de la longue et dans l’ensemble paisible histoire intercommunautaire, nous pouvons voir qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil : le sectarisme religieux, politique et idéologique est comme toujours à la source de conflits.
Et bien évidemment, au mieux, les médias font l’impasse sur la problématique. Si la négation de l’identité Kurde et Alévie n’est plus de mise, ils n’aident toujours pas au dialogue et entretient volontairement ou non des amalgames sur les affiliations politiques des Kurdes. Bien qu’ayant un secteur culturel florissant l’état Turc actuel ne tente pas de dynamiser les relations intercommunautaires ni d’éliminer certaines tensions.

Un assouplissement mutuel de la conception du nationalisme a également son importance : reconnaître sa part d’altérité et son identité métissée est essentiel, aucune nationalité ne peut prétendre à la pureté raciale et historiquement les peuples Anatoliens se sont toujours mélangés. 

Le drapeau Kurde doit également être introduit dans la culture et le paysage Turc. il n’est pas nécessairement séparatiste et est un symbole sacré d’identité.

Les demandes d’autonomie des nationalistes Kurdes doivent être étudiées mutuellement et de manière originale. Une autonomie culturelle avec enseignement bilingue serait souhaitable, l’autonomie politique pouvant faire le lit des séparatistes, ou alors une autonomie politique avec traité de non séparatisme, sauf si consentement mutuel il y a.

L’intellectuel Turc Pro-Atatürk propose comme moi un meilleur multiculturalisme comme c’est déjà le cas avec la culture Occidentale.

Pour conclure

La résolution de ce différend repose donc sur des questions plus techniques que personnelles, au fond un sentiment positif mutuel sommeille chez chacune des parties.

Il reviendra aux jeunes générations plus subtiles et apolitiques de refaire le puzzle multicolore de l’Anatolie et du Moyen Orient.

Özler ATALAY YÜKSELOĞLU – Özler AĞA – Poète et Artisan Politique Turco-Kurde Zaza et Alévi.🕊



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