Le syndrome d’Asperger comme vous n’en avez jamais entendu parler

Depuis quelques années, le syndrome d’Asperger s’est imposé dans le mainstream grâce à ses activistes, ainsi que plusieurs films et séries mettant en scène des personnes vivant avec.

Considéré comme une forme légère d’autisme, décrite pour la première fois par Hans Asperger, psychiatre Autrichien, c’est régulièrement à travers ce prisme qu’il nous est présenté.

Moi même vivant avec, j’ai décidé de vous livrer une vision plus personnelle et plus colorée partagée avec d’autres personnes Asperger.

L’une de nos plus grande difficulté à présenter nos spécificités aux personnes ne l’étant pas est l’image qu’a la société de l’autisme, ne sachant pas qu’elle possède un spectre nommé TSA : trouble du spectre autistique et que les personnes vivant avec peuvent y évoluer au cours de leur vie.

A cela s’ajoute les stéréotypes associés qui ne sont pas toujours très flatteurs, ainsi que le capacitisme ou validisme décrié par la communauté Asperger et plusieurs groupes qui en sont discriminés. Il peut être définit comme une forme de discrimination, de préjugé ou de traitement défavorable contre les personnes vivant un handicap. Le système de valeurs capacitiste, fortement influencé par le domaine de la médecine, place la personne capable, sans handicap, comme la norme sociale. D’où le nombre de militants pour la dignité humaine issus de la communauté Asperger.

Or de la vient le gros de l’amalgame, si l’autisme dans son ensemble et le syndrome d’Asperger peuvent être handicapants pour un individu à certains moments de sa vie ou durant une majeure partie, les personnes vivant avec ne sont pas forcées de se définir par cet handicap et c’est bien précisément là où je vais avancer mes théories : très souvent c’est l’environnement qui est handicapant, pas l’individu!

Clés pour une meilleure compréhension

D’abord voici quelques informations qui pourront permettre une meilleure compréhension mutuelle :

  • La neurologie des Apsergers dispose de plus de synapses que les personnes ne l’étant pas, ce qui est probablement partagé avec les autres personnes dites « atypiques » comme les Haut-Potentiels (HP), ceux qui vivent avec le TDAH (Trouble deficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité) et les personnes vivant avec les troubles « -dys » (dyslexie, dyscalculie…). Cela est à la source de leur hypersensibilité voire ultrasensibilité, mais également d’une intelligence différente voire supérieure.
  • Une difficulté de maintenir ou chercher un contact visuel est fréquent, cela est du à leur sensibilité car perçu comme trop intense. Ce ne serait pas l’apanage des personnes vivant avec le TSA mais de beaucoup d’autres ne l’exprimant pas nécessairement. Avec l’âge le contact se fait plus facilement.
  • Au niveau des neurotransmetteurs, un excès de glutamate est pointé, menant à une anxiété accrue, un esprit agité, des TIC ou des TOC. Un déficit de sérotonine peut également être observé, menant à de l’irritabilité et de la nervosité. Cela peut être corrigé par une alimentation saine sans gluten, sucre et produits laitiers ou du moins allégé.
  • D’un point de vue hormonal, des hauts niveaux de testostérone peuvent être mesurés chez les Aspergers hommes comme femmes, ce qui explique potentiellement l’hyperémotivité et les colères fréquentes mais également une très forte énergie.
  • Une grande partie des Aspergers développe de l’alexithymie, suite à divers traumatismes, de la négligence ou certains mécanismes neurologiques. Elle peut être définie comme une difficulté à nommer et comprendre ses émotions et serait à l’origine de leur difficulté à faire de l’empathie et développer leur théorie de l’esprit, abusivement qualifiés comme généralement absents. Cela peut influencer également leur perception des codes et normes sociales, s’ils peuvent être maladroits à une période de leur développement, ils peuvent en contrepartie devenir plus flexibles et performants à une autre.
  • Le Langage des Aspergers est préférentiellement littéral et laisse souvent peu de place aux sous-entendus et à l’ironie, ainsi certaines expressions peuvent ne pas être comprises. L’inverse est également vrai, ils peuvent en créer des nouvelles et être plus créatifs dans leur utilisation du langage, en fonction de leur état d’esprit.

Ces informations peu connues vont dans le sens de la « théorie du monde intense » élaborée par Henry Markram, Tania Rinaldi and Kamila Markram. En effet les Aspergers et fort probablement autres personnes atypiques (terme que j’utilise à contre-coeur tout comme « neurotypique ») vivraient avec une perception décuplée, plus fine élaborée et profonde. Ce qui peut expliquer leur réflexions, craintes, douleurs mais également leurs joies intenses, leurs rêves et désirs ardents.

Une volonté de s’isoler nous est typiquement associé, cela peut être expliqué par un environnement trop nocif, faux, bruyant ou envahissant. L’inverse est néanmoins tout aussi possible et nous pouvons littéralement « sur-socialiser » dans un environnement positif.

Le gros de notre « handicap » se situe ici : c’est une souffrance certaine que de devoir se s’intégrer à une société conformiste, rigide, intolérante, à l’éthique variable, peu soucieuse des libertés dont celle de penser et assoiffée de compétition alors qu’en général nous sommes fort sensibles et aux antipodes de cela.

Des théories avancent que nous bénéficierions de l' »extreme male brain », c’est à dire un cerveau extrêmement masculin, en référence à la capacité traditionnellement attribuée aux hommes de « systématiser » en opposition à la capacité d' »empathiser » traditionnellement attribuée aux femmes. De mon expérience les Aspergers peuvent tour à tour exceller dans les deux branches, voire en même temps. Cela dépend de la « dose d’amour » qu’ils peuvent verser dans leur vie, si la froideur leur est stéréotypiquement associée, cela est du à celle qu’ils reçoivent de leur entourage, parfois même de leur famille, ce qui peut nuire à leur amour propre, si ce dernier est intact, la magie peut s’opérer.

Avantages incontestables

Venons-en maintenant à leurs forces indéniables :

  • Savent penser en dehors des sentiers battus : c’est un don partagé avec les autres personnes atypiques, mais les Apsergers semblent particulièrement brillant dans ce domaine, ainsi ils peuvent questionner les normes pour les améliorer ou les changer, devenir visionnaires, inventeurs et ainsi devenir un moteur de progrès pour la société.
  • Capacités extraordinaires de concentration et de persévérance : un don qui leur est presque exclusivement inné, c’est grâce à cela qu’ils peuvent accumuler des connaissances encyclopédiques, réaliser des tâches ardues et complexes, devenir résilient dans l’adversité. Ce sont des « sur-perfectionnistes » qui repoussent régulièrement leurs limites.
  • Droiture sans faille : à quelques exceptions près, les communautés Asperger et neurotypique sont unanimes sur leur honnêteté, leur sens de la justice et leur loyauté. Nous avouons régulièrement « ne pas savoir mentir », faisant de nous des pépites pour ceux désespérés de trouver bonne compagnie.
  • Goût pour l’exactitude : ayant horreur des malentendus, nous perfectionnons sans cesse notre vocabulaire et notre raisonnement pour minimiser les erreurs, nous avons également une excellente mémoire et un sens du détail, ce qui peut amener une communication nettement plus efficace et une méthodologie des plus méticuleuses.

Mot de la fin

Ce fut avec une grande joie que je termine cet exposé atypique sur les Aspergers, car en effet si la science et la médecine peuvent nous aider à mieux nous définir, cela ne leur revient pas exclusivement et nous pouvons également leur insuffler une philosophie plus ouverte et permettre un meilleur épanouissent à tous les membres de la société.

Comme vous avez pu le constater, j’emploie peu la dichotomie « neurotypique-neuroatypique » car à mon sens elle est issue d’une même matrice scientiste divisive, aseptisée et validiste, si nos différences sont objectives notre complémentarité l’est également.

Merci de votre lecture et à très bientôt!

Özler ATALAY YÜKSELOĞLU

Un avis sur « Le syndrome d’Asperger comme vous n’en avez jamais entendu parler »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :