Présentation de l’Alévisme, joyau de l’humanité

Merveille parmi les merveilles, je suis très heureux de vous présenter la communauté dont je suis issu, les Alévis.

Se faisant discrets, un renouveau prometteur est en chemin, j’espère le voir fleurir et en être acteur.

J’utilise des mots très flatteurs pour vous présenter l’Alévisme mais il est bon d’estimer les choses à leur juste valeur.

Ainsi nous allons voir qui sont les Alévis, ce qu’est l’Alévisme, son histoire, sa culture, préparez-vous à un merveilleux voyage 🙂

Aux origines

Si au jour d’aujourd’hui, l’Alévisme est défini parfois au sein de l’Islam, parfois en dehors par ceux qui s’en réclament, il est opportun de présenter la foi des peuples attachés à l’Alévisme avant son avènement.

Les communautés majeures de l’Alévisme sont les Turcs et les Kurdes (qui comptent plusieurs communautés en leur sein dont les Zazas) et étaient respectivement Chamanistes, Bouddhistes, parfois Zoroastriens pour les Turcs et Zoroastriens ou autres fois Iraniennes pré-Islamiques pour les Kurdes. Des courants gnostiques comme le manichéisme existaient également chez chacun d’entre eux. Il existe également quelques communautés Arméniennes Alévies et la branche Chiite Nusayri originaire de Syrie est également appelée Alévie bien que les doctrines et pratiques soient relativement différentes.

Cérémonie chamanique en Sibérie
Cérémonie Zoroastrienne

Le chamanisme Turc pré-Islamique comportait un culte de la nature et usait de la musique et de chants pour ses rituels, ce qui est toujours le cas. Les fois Iraniennes pré-Islamique comportaient un culte des éléments naturels dont le feu, des survivances de ces cultes subsistent toujours.

Et au VIIe siècle ap. JC, l’émergence de L’Islam au travers des conquêtes Arabes allaient changer le paysage religieux Touraniens (Turcs) et Iraniens.

Avènement de l’Islam

Les invasions des Omeyyades dès 673 ap. JC furent fulgurantes et de nombreuse exactions furent commises, rendant difficile les premiers contacts, néanmoins après la bataille de Talas en 751 entre la Chine des Tang et l’empire Abbasside une meilleure collaboration s’est établie, une graduelle progression de l’Islam souvent Persianisé et parfois Chiite et Soufi a eu lieu.

Le moment décisif du basculement d’une grande part des Turcs dans le monde musulman était la conversion du Khan de la dynastie Karakhanide Satuk Buğra Han au Xe siècle à l’Islam probablement Sunnite Hanéfite. Cela se poursuivra avec les dynastie Seltchoukides et Ghaznévides mais l’élément Turco-Persan et Soufis gardèrent leur poids grâce à divers confréries. A noter que la vision pro-Alide (proto-chiite) de différents courants était également fort répandue parmi les masses et que le Soufisme souvent n’est ni sunnite, ni chiite et peut intégrer des éléments des deux schismes.

Douze Imams du Chiisme Duodécimain

Parmi les confréries où les précurseurs des Alévis étaient affiliés, nous pouvons citer les Vefaî, les Kalenderî,les Hurufî, les Hayderî, le Melameti mais celle qui aura eu une importance de premier plan était la confrérie du Turc Ahmed Yesevi (1093-1166) , né dans l’actuel Kazakhstan. C’est à partir de la sienne que va naitre la confrérie Bektashi.

L’impact d’Hacı Bektaş Veli

La mission de Hacı Bektaş, Veli (prononcer Hadji Bektash) a eu un rôle majeur dans la progression du mouvement Alévi. Elle s’inscrit dans une période très difficile pour non seulement le monde musulman mais le monde entier.

En effet, les invasions Mongoles débutèrent, provoquant les migrations de masses de Turkmènes dans le sultanat Seltchoukide de Rum (Anatolie) qui au même moment vivait une instabilité politique.

Né à Nishapur dans l’actuel Iran, en 1209, il était descendant de l’imam chiite Musa Al Kasim, descendant d’Ali et de Fatima, fille du prophète Muhammed. Il était comme énoncé plus haut initié aux enseignements d’Ahmed Yesevi ainsi que d’autres confréries comme les Vefai, Kalenderi et aurait selon certains une influence Ismaélienne (chiisme septimain).

Sa vie aura été marquée par des évènements historiques majeurs et l’un d’entre eux aura été la révolte de la confrérie des Babai contre le pouvoir Seltchoukide vers 1240 pour des raisons économiques et religieuses. Il n’y aurait pas participé mais son frère Menteş y a participé et y a perdu la vie. Celle-ci n’a pas été remportée et fut durement réprimée en faisant appel à des mercenaires Francs.

Il fut contemporain de Mevlana connu en Occident sous le nom de Rumi avec qui il eut une certaine rivalité, en effet ce dernier était fort proche du palais tandis qu’Hacı Bektaş était plus proche du peuple. Il fut également contemporain d’Ahi Evran, initiateur de l’ordre de compagnonnage Ahilik et de Yunus Emre, grand poète toujours rayonnant.

Parmi ses écrits qui nous sont parvenus nous pouvons citer le Makalat (les articles), le Fevaid (livre des conseils) et plusieurs autres.

Son enseignement est fondé sur l’amour, l’humanisme, la tolérance, le progrès du caractère et le pacifisme.

Il était parmi les sages d’Anatolie (Anadolu erenleri) et en a influencé plusieurs dont certains allaient avoir un rôle de premier plan dans la formation de l’empire Ottoman comme şeyh Edebalı,

L’un de ses apport les plus remarquables fut l’utilisation du Turc comme langue liturgique et a beaucoup contribué à sa protection et son enseignement. Ce fut la base de la conversion des peuples Anatoliens à son Islam et de leur intégration à l’élément Turc.

Au XVIe siècle, sa confrérie fut codifiée par Balım Sultan.

Décédé vers 1270, ses enseignements et disciples rayonnèrent jusqu’à nos jours des Balkans au Moyen-Orient.

Bataille de Çaldıran et Schisme

Le Sultan Sélim 1er (gauche) et Le Shah Ismail Hatay (droite)

le XVIe siècle allait être décisif sur le paysage socio-religieux du moyen-orient.

A ce moment l’Anatolie était partagée entre l’empire Ottoman et celui des Akkoyunlu et des mécontentements des Turkmènes et des Kurdes essentiellement Zazas commençaient à se faire sentir. La confrérie Safavide originaire d’Ardabil dans l’actuel Iran gagnait également une grande influence dans tout le proche-orient.

En 1501, Ismail 1er conquis la Perse précédemment sous le contrôle des Akkoyunlu et son aura était perçu dans l’orient Ottoman sous la bannière du Chiisme militant, Cela éveilla de vives inquiétudes du sultan Ottoman Sélim 1er qui considérait le Chiisme comme hérétique. C’est à ce moment que plusieurs confréries dont en partie les Bektashis allaient se diriger plus en profondeur vers le Chiisme et devenir les Kızılbaş. Celui-ci reste loin de l’orthodoxie que les Safavides allaient instaurer alors qu’ils étaient Soufis initialement. En 1514 eu lieu la fameuse bataille de Çaldıran où les Ottomans sortirent victorieux. Ceci marqua le début de l’orthodoxie Sunnite stricte dans l’empire Ottoman et Chiite dans l’Iran Safavide. Les Bektashis qui restèrent dans l’empire Ottoman prirent donc une coloration Sunnite tout en gardant leur vénération de l’Ehl-i-Beyt (descendants et certains compagnons du prohète Muhammed). Les Kızılbaş de l’Orient Anatolien allaient devenir les Alévis et vécurent plusieurs persécutions durant des siècles mais bénéficièrent tout de même de quelques aménagements.

Fondements de la foi

Si la sécularisation de la République de Turquie, sa fermeture des confréries religieuses et plus tard l’influence de mouvements socialistes allaient laisser leurs marques dans la pratique et la foi actuelle Alévie-Bektashie et que la chaine d’initiation et de transmission a été en grande partie interrompue. les piliers de son enseignement survécurent.

Étant donné que les courants Sunnites et Chiites se réclament tous deux de l’orthodoxie musulmane et qu’ils sont semblables sur plusieurs points, L’Alévisme-Bektashisme s’insère dans ce que l’on appelle l’hétérodoxie de par ses divergences sur des éléments de base. On peut aussi dire qu’il est syncrétique car intègre des éléments pré-islamiques de plusieurs peuples.

A commencer par la vision de la révélation pour les Alévis, celle-ci ne s’est pas arrêtée à la mort du prophète Muhammed mais est continuelle. Ainsi le Coran et les textes sacrés doivent être relus continuellement à travers les âges par l’imam ou « l’homme accompli » de la communauté des amoureux de l’Ehl-I-Beyt (famille et compagnons proches du Prophète Muhammed), véritable Coran de son époque.

Une lecture plus rationnelle des textes sacrés sans pour autant les réfuter est appliquée. Après le Coran, nous pouvons citer le « Buyruk », somme théologique du XVIe siècle attribué au 6eme Imam Cafer Sadık.

A côté de ces textes, les chants et poésies prennent également part à la littérature sacrée Alévie. Ils sont composés par les « Ozan » (poète populaire) et les plus proéminents sont Şah Hatayi, Pir Sultan Abdal, Kul Himmet, Yemeni, Virani, Fuzuli et Seyit Nesimi appelés les « Yedi Ulu Ozanlar » (Sept Saints Poètes) et repris par les Âşık (littéralement amoureux), équivalent des troubadours.

Les Yedi Ulu Ozans

Parmi les autres écrits et saintes traditions nous pouvons également citer :

  1. Les Gülbank : en Persan signifie « son de la rose », sont des hymnes et des prières brèves.
  2. Les Duvazimam : signifie les 12 imams, relatent la vie , la sagesse et les difficultés qu’ont encourus les imams descendants du Prophète.
  3. Les Deyiş : écrits en prose, ce sont des poèmes exprimant le mieux la spiritualité et la philosophie alévie, ils nous sont parvenus par les Âşık
  4. Les Nefes : littéralement « les insufflations « , également écrit en prose, ils peuvent être plus longs et illustrent tout aussi bien la vision Alévie.
  5. Les Devriye : signifie « cycle », toujours écrits en prose, ils illustrent l’évolution de l’humanité historiquement et spirituellement. Ils sont le mieux repris par Yunus Emre, Pir Sultan Abdal et Edip Harabi.
  6. Les Mersiye : écrits en prose, ils relatent la tragédie de Kerbela où le petit fils du prophète Muhammed, Hz. Hüseyin a perdu la vie au cours d’un massacre. Ils sont le mieux repris par Fuzuli.
  7. Les Tevhit : signifie « unité », proses invitant à l’union des fidèles entre-elles et avec les guides de la commuanuté.
  8. Les Miraçlama : proses relatant le voyage du prophète Muhammed au paradis.
  9. Les Beyit : Poèmes composés de couplets.

Ceux-ci sont récités dans la langue natale des fidèles à savoir le Turc ou en langues Kurdes.

Le culte est plus libéral, sans obligations formelles comme pour la prière, le jeûne et le pèlerinage. Les jeunes importants sont ceux du mois de Muharrem en hommage à Hz Hüseyin, petit-fils du prophète Muhammed et martyr de la bataille de Kerbela, il dure 12 jours est plutôt un deuil. Le second jeûne est en l’honneur de Hızır, (Khidr en Arabe) et dure 3 jours, c’est une figure mystique de l’Islam toute branche confondue et est symbole de secours , d’abondance et de courage. Le jeûne du mois de Ramadan dure 3 jours autour de la nuit du destin (Kader Gecesi) qui célèbre la révélation des premiers versets Coraniques.

Représentation d’Hızır « le verdoyant »

Les femmes assistent aux cérémonies aux côtés des hommes et peuvent obtenir des titres honorifiques comme « Ana » (mère) et accéder au clergé. La polygamie est interdite.

Dignitaire Alévie

Probablement sous une influence Ismaélienne, Le Coran est lu à travers une distinction entre l’apparent (zahir) et le caché (batin) menant à une lecture ésotérique de celui-ci, en effet au delà d’une lecture littérale, les Alévis y cherchent un sens plus profond à travers des allégories.

La recherche de l’accomplissement du potentiel positif de l’être humain est au centre de ses préoccupations, en effet l’idéal de « l’être humain accompli » (Insan-i-Kamil) est l’un des objectifs centraux. Les vertus primordiales de l’être humain accompli sont la bonté, le pardon, la patience, la bienveillance et l’autonomie.

Une vision panthéiste est également mise en avant, c’est à dire une union de Dieu avec sa création découlant de l’enseignement Soufi de « l’unicité de l’être » (Vahdet-i-Vucut). D’où une sacralisation de la nature et des préoccupations écologiques. La relation de la personne avec le divin est basée sur l’amour, la confiance, la complicité et non sur la soumission et elle peut même y être contestataire.

D’un point de vue métaphysique le mal ne vient pas du créateur et revient au disciple de le canaliser.

Sur le plan social, la solidarité et l’entraide sont au centre des valeurs des Alévis qui est soutenue par les cérémonies du Cem où l’on tente de résoudre les différends communautaires entre autres. Ainsi un idéal de société parfaite (ville du consentement – Rıza Şehri) est envisagé par ses penseurs, une société sans classe, sans état, sans monnaie, où tout le monde produit selon ses capacités et dépense selon ses besoins dans une entente parfaite.

Cérémonie du Cem

Mots de la fin

C’est avec une immense joie que je vous ai présenté cet écrit, aujourd’hui l’Alévisme est en plein renouveau grâce à sa jeunesse et ses meneurs, si une timidité est toujours présente suite aux obstacles que nous avons rencontrées, l’effervescence est à prévoir dès que les difficultés entre les différentes communautés de Turquie seront franchies et que d’autres défis seront remportés.

Avec amour.

Özler ATALAY YÜKSELOĞLU

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